Présentation du Rapport sur les progrès en Afrique – Kofi Annan

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous retrouver ici à l’occasion de la présentation du Rapport sur les progrès en Afrique de cette année.

En effet, je suis certain que nous avons tous observé avec une certaine fascination la croissance économique spectaculaire que connaît l’Afrique depuis quelques temps. Les revenus moyens ont augmenté d’un tiers, les exportations sont en plein essor et les investissements étrangers sont en hausse.

Il convient de saluer ces progrès. Toutefois, l’augmentation très nette des inégalités et de la pauvreté suscite de grandes préoccupations.

L’Afrique est certes un continent qui dispose de nombreuses richesses, aussi bien naturelles que sur le plan du capital humain.

Néanmoins, la part de l’Afrique dans la pauvreté, la malnutrition et la mortalité infantile à l’échelle mondiale ne cesse d’augmenter.
Cette situation n’est pas une fatalité.

Ainsi que le démontre le Rapport sur les progrès en Afrique de cette année, intitulé « Agriculture, pêche et capitaux : financer les révolutions verte et bleue de l’Afrique », les responsables politiques africains bénéficient d’une occasion extraordinaire d’engager leurs pays dans la voie d’une croissance plus viable et plus juste.

Pour réduire plus rapidement la pauvreté et les inégalités, les gouvernements africains doivent dynamiser leur agriculture et leur pêche. Ce sont précisément dans ces secteurs que la majeure partie des Africains travaillent, principalement en tant que petits exploitants.

Or, ces secteurs continuent d’accuser des performances très limitées.

En raison d’une faible productivité, d’un sous-investissement chronique et de mesures de protectionnisme régional, l’Afrique doit importer une part trop élevée de ses denrées alimentaires, à hauteur de 35 milliards de dollars US en 2011.

C’est à nos agriculteurs que devrait revenir cet argent.

Quand les dirigeants africains décideront d’investir du temps, de l’énergie et de l’argent, leurs secteurs agricoles connaîtront une croissance rapide.

Par la publication du Rapport sur les progrès en Afrique de cette année, nous appelons les gouvernements africains à déployer/entreprendre une « révolution verte 100 % africaine ».

La communauté internationale a également un rôle à jouer.

Elle doit s’attaquer à la fraude et à l’évasion fiscales, qui sont préjudiciables à tous, mais en particulier à l’Afrique, ainsi que l’a montré le Rapport sur les progrès en Afrique de l’année dernière. Elle doit également lutter contre l’anonymat des sociétés, qui continue d’encourager la corruption.

Cette année, nous mettons en lumière le pillage des ressources forestières et marines de l’Afrique, tout aussi préjudiciable.

L’exploitation forestière illicite coûte 17 milliards de dollars US par an à l’Afrique.

Dans ses eaux côtières, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée a atteint des niveaux endémiques. Ce pillage détruit des communautés entières en les empêchant de pêcher, de traiter et de vendre leur poisson/les produits de leur pêche.

Les chalutiers commerciaux battant pavillon de complaisance et déchargeant leurs marchandises dans des ports qui ne déclarent pas les volumes capturés se livrent à un vol organisé, qu’ils font passer pour du commerce.

C’est la raison pour laquelle nous appelons dans ce rapport à la mise en place d’un régime multilatéral des pêcheries, qui imposerait des sanctions aux navires de pêche ne déclarant pas leurs prises.

Si nous ne faisons rien pour faire cesser ce pillage, nous devrons tous en subir les conséquences. Peut-être pas aujourd’hui, mais demain. Et après-demain.

Outre les pertes liées au pillage des ressources et à une mauvaise gestion financière, les Africains perdent également de l’argent dans les transferts de fonds depuis l’étranger. On estime à 1,85 milliard de dollars US par an les pertes subies par le continent en raison des frais excessifs facturés par les opérateurs de transferts de fonds.

Cette question doit faire l’objet d’une enquête des autorités de régulation financière (telles que la Financial Conduct Authority au Royaume-Uni) afin de protéger les citoyens africains de ces pratiques commerciales abusives.

L’Afrique se trouve désormais à la croisée des chemins.

Chaque jour, partout sur le continent, les Africains ne cessent de faire preuve de résilience et de créativité.

Des artistes et musiciens aux décideurs politiques, en passant par les militants et le secteur humanitaire, l’Afrique est riche de millions d’individus dotés d’un courage physique et moral sans limites. Notre continent ne manque assurément pas de talents.

Si l’on permet aux citoyens de l’Afrique de laisser libre cours à leur talent et à leur créativité, l’Afrique pourra devenir prospère, stable et juste.

Si la communauté internationale met en place des mesures contraignantes afin de mettre un terme au pillage qui spolie nos populations, alors nous pourrons créer de l’emploi et des revenus sur le long terme.

Si les dirigeants de l’Afrique agissent dès maintenant pour réduire la pauvreté et les inégalités, pour investir dans l’agriculture et la pêche et pour protéger leurs populations des activités criminelles, ils laisseront la justice, la prospérité et la paix en héritage.

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