« Justice climatique » : une urgence pour l’Afrique

Le changement climatique et les droits humains semblent n’avoir que très peu en commun. Pourtant les effets néfastes du changement climatique peuvent d’une manière ou d’une autre priver les citoyens de la jouissance de certains droits fondamentaux tels le droit à la vie, à l’eau et à l’assainissement, à la nourriture, à la santé et au développement.

C’est pourquoi, à l’occasion de la journée de débat sur les droits de l’homme et changements climatiques au cours de sa 28e session ordinaire, le Conseil des droits de l’homme devrait joindre sa voix aux appels pressants pour l’adoption d’un accord mondial équitable et contraignant sur le climat.

Il est important de parvenir à un accord équitable et obligatoire à l’issue des négociations sur le climat de décembre 2015 à Paris. Cela est particulièrement crucial pour l’Afrique, où la jouissance de certains droits fondamentaux de l’homme reste un luxe pour beaucoup.

L’Afrique est la région qui a contribué le moins au changement climatique mais elle est celle qui souffre le plus de ses effets. Comme le souligne le vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), “la grande vulnérabilité quant aux effets négatifs du changement climatique crée de nouveaux obstacles pour l’Afrique dans sa quête de croissance économique et d’éradication de la pauvreté chronique, de la faim et de la maladie. »

Remédier à cette situation profondément injuste est une responsabilité mondiale. La «justice climatique» n’est nulle part ailleurs autant une question d’urgence qu’elle l’est en Afrique.

Pour ceux qui, au quotidien, souffrent des effets négatifs du réchauffement climatique, le changement climatique n’est pas une théorie, c’est une réalité péniblement injuste. Les agriculteurs des pays du Sahel qui peuvent passer la moitié de l’année à attendre la moindre goutte de pluie savent que c’est le changement climatique qui engendre les sécheresses récurrentes dont ils souffrent. Selon les estimations des Nations Unies la crise alimentaire de 2012 a affecté 18 millions de personnes dans le sahel.

Dans le même temps, les plantations dans les pays côtiers subissent des pertes fréquentes de leur production en raison de fortes pluies qui surviennent de manière imprévisible en fin de saison.

Les pays africains titulaires de mandat au Conseil des droits de l’homme devraient donc, de manière convaincante, attirer l’attention sur la situation alarmante du continent Africain et plaider pour des mesures qui lui permettent de faire face au changement climatique.

Lors d’une réunion récemment organisée par l’Africa Progress Panel, les experts des questions climatiques ont recommandé que les gouvernements africains, à l’approche des négociations sur le climat de décembre, plaident fermement pour la réduction des émissions des gaz à effets de serre et pour la limitation du réchauffement planétaire à une moyenne de 2 ° C au maximum. En outre, les Etats africains devraient insister que:

• Les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre fassent les plus grandes réductions.
• Les pays africains reçoivent un soutien financier, technique et institutionnel pour faire face aux changements climatiques.
• Les États africains soient indemnisés pour les pertes et dommages qu’ils subissent du fait du changement climatique. Ils devraient également être soutenus dans leur phase de transition énergétique, graduellement et à leur propre rythme vers une production d’électricité à faible émission de carbone tout en préservant leur droit à la sécurité énergétique.
• Beaucoup plus d’investissements sont nécessaires pour la protection des forêts et des agriculteurs africains.

En soutenant un accord mondial équitable sur le climat, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies apporterait une contribution significative à la réalisation des droits de l’homme pour tous. Dans le même esprit d’équité, les pays développés devraient soutenir les droits à la vie, à l’eau et au développement dans les pays qui sont les plus vulnérables aux effets du changement climatique.

Les enjeux du réchauffement climatique sont considérables. Si les pays développés protègent leurs propres citoyens tout en fermant les yeux sur les besoins des personnes les plus vulnérables au changement climatique, ils courent le risque de se rendre coupables de ce que le lauréat du prix Nobel de la paix, l’archevêque Desmond Tutu, appellerait « l’apartheid de l’adaptation » aux effets du changement climatique.