Pour une présidence française du G20 réussie
1 Mar 2011Editorial de Bob Geldof sur le rôle de la France pour atteindre les ODM
Il y a six ans, sous la pression de la coalition mondiale formée par le mouvement Make Poverty History, le G8 prenait une série d’engagements historiques pour s’attaquer au problème de la pauvreté en Afrique. Sous le feu des médias du monde entier, les huit hommes les plus puissants de la planète ont ainsi fait une promesse solennelle aux plus faibles. L’annulation de la dette et les aides supplémentaires qui en ont découlé ont permis à l’Afrique de connaître cinq années de progrès continus. Des preuves tangibles en sont visibles sur tout le continent. Des millions de personnes vaccinées, des millions de vies sauvées grâce à l’accès au traitement contre le sida, des millions de personnes protégées de la malaria et des millions d’enfants scolarisés en plus. L’ensemble de l’Afrique a également connu une forte croissance économique. Il ne fait aucun doute que l’annulation de la dette a donné aux pays africains une partie de la marge budgétaire nécessaire pour mieux résister au choc de la crise économique qu’on ne le craignait. Grâce à l’esprit d’entreprise des citoyens africains et à la générosité du G8, le continent avance.
Pourtant, tout n’est pas rose. Il faut malheureusement reconnaître que le G8 est loin d’avoir tenu la majorité de ses engagements. L’an dernier, ses membres n’ont même pas accordé le tiers de l’augmentation des aides promise. Il existe différentes raisons à cela : un leadership politique inexistant, l’absence de mécanisme de responsabilité efficace et crédible, la crise économique mondiale, ainsi que le déclin de l’importance du G8 et la montée en puissance du G20. La question est maintenant de savoir si ce dernier se montrera plus efficace.
Le sommet du G20 qui aura lieu cette année à Cannes représente pour le président Sarkozy une occasion de restaurer l’image dégradée de la France en Afrique, et de faire preuve du même type de leadership que le Royaume-Uni en 2005. La France saura-t-elle saisir cette opportunité de réussir là où d’autres ont échoué ? Deux thèmes méritent une attention particulière, le premier d’entre eux étant la gouvernance. L’Afrique possède de vastes richesses minérales, la plupart restant encore à découvrir, mais seule une petite partie des recettes générées est partagée avec les populations du continent. Au contraire, comme ce fut si souvent le cas par le passé, les bénéfices sont détournés par le biais de partenariats clandestins et illégaux avec des sociétés étrangères, dans le cadre de contrats opaques et secrets. Le G20 doit changer la donne en faveur des citoyens, en insistant sur la transparence des contrats conclus et en adoptant des mesures juridiquement contraignantes au moins aussi évoluées que la législation récemment approuvée aux États-Unis à l’initiative des sénateurs Cardin et Lugar. En tant que présidente du groupe de travail anti-corruption du G20, la France peut mener le combat sur ce point, ainsi que dans la lutte contre la kleptocratie et dans le travail visant à rapatrier les actifs dérobés aux banques d’État africaines par des responsables corrompus.
Le soutien à une croissance durable et équitable en Afrique représente un défi, et c’est là le second thème qui doit être abordé par le G20. Un ensemble de mesures d’aide au commerce et à l’investissement pourrait mettre à profit l’immense potentiel du continent et donner un élan dynamique à ses légions de chefs d’entreprise talentueux. Ces mesures devraient se concentrer sur l’intégration régionale en Afrique et sur la terrible réalité selon laquelle seulement 10 % des échanges commerciaux d’un pays africain moyen se font avec d’autres pays africains. Elles devraient également exploiter l’énorme potentiel du continent dans le domaine de l’agriculture et des énergies renouvelables. L’Afrique a les moyens non seulement de se sortir de la misère, mais également de répondre à une partie des besoins mondiaux en termes de nourriture et de combustible. L’accord sur la sécurité alimentaire conclu à L’Aquila ne doit pas tomber dans l’oubli. Les crises alimentaires peuvent avoir un effet dramatique sur notre monde, en accélérant l’inflation et en empêchant ainsi le retour de la croissance, tout en amplifiant l’agitation sociale dans les régions en développement. À Séoul, le G20 a engagé un bon processus sur cette question, mais la France est mieux placée pour tenir les engagements pris à cet égard.
La relation Sud-Sud, en pleine évolution, entre les puissances émergentes que sont la Chine, le Brésil et l’Inde, et la puissance en développement de l’Afrique, représente le partenariat le plus prometteur pour certains, et le plus menaçant pour d’autres. L’Europe et l’Amérique se laisseront déborder si nous ne prenons pas ce train en marche. Ce faisant, nous devons défendre des valeurs de transparence et de responsabilité, plutôt que des intérêts bornés et des préoccupations nombrilistes. La meilleure façon de partager nos valeurs est d’en faire la démonstration par nos actes. Dans la concurrence actuelle avec la Chine, il ne s’agit pas de copier leurs plus mauvaises pratiques, mais plutôt de partager avec elle les meilleures parmi nos propres pratiques. La représentation africaine auprès du G20 doit également être améliorée. Exclure un milliard d’hommes, de femmes, d’enfants, de producteurs et de consommateurs de la prise de décision mondiale est ridicule, contre-productif et injuste.
Si le président Sarkozy se montre capable de fournir de premiers résultats sur ces points, sa présidence du G20 sera considérée comme une réussite.
par Bob Geldof, musicien, co-fondateur de ONE/DATA, président du Band Aid Trust et membre du groupe d’éminentes personnalités pour la promotion des OMD des Nations unies

