Caroline Kende-Robb dans Mail and Guardian : pourquoi 2015 sera décisive pour l’Afrique

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L’année 2015 est une année décisive pour l’Afrique et mérite à ce titre d’être suivie de près. En effet, 2015 promet d’incroyables opportunités pour le continent mais présente également de considérables risques.

L’Afrique est sur le point de recevoir l’attention mondiale  qu’elle mérite, notamment lors des rencontres internationales de haut niveau sur le financement du développement, les nouveaux objectifs mondiaux pour le développement et sur le changement climatique.

Mais à côté de ces opportunités, l’environnement économique mondial qui évolue à grande vitesse présente des risques pour le continent. Les cours du pétrole et des matières premières, qui ont chuté en 2014, devraient rester encore instables. En outre, le système bancaire devra faire face au défi de l’entrée en vigueur de nouveaux cadres réglementaires et de vérification de la  conformité. Ces changements de grande envergure ont été jusque-là  largement sous-estimés.

Voici quelques-uns des scénarii que nous prévoyons pour l’Afrique en 2015 :

La production d’électricité augmentera : Les besoins énergétiques de l’Afrique sont énormes. Tout aussi grand est le pas que les pays pauvres en énergie devront faire pour passer directement à une énergie propre. Pour l’instant, les énergies fossiles demeurent indispensables pour alimenter les usines, les maisons, les écoles, les hôpitaux et la croissance économique en général. Mais malgré la baisse des cours du pétrole, les sources d’énergie renouvelables devraient revendiquer une part plus importante du mix énergétique de l’Afrique.

Du changement dans le discours classique sur le climat : Les négociations internationales sur le climat ont jusqu’à présent  produit  peu de résultats pour  l’Afrique. En 2015, les pays africains vont être  plus francs et saisir la chance de passer d’un discours sur le climat qui met l’accent sur leur besoin d’assistance à un autre discours qui met plus l’accent sur les opportunités présentes et la transformation. Cela impliquera d’une part, défendre la nécessité pour l’Afrique  de continuer à utiliser les énergies fossiles et, d’autre part, démontrer aux pays riches  que la justice climatique signifie investir davantage dans l’énergie propre et la protection des forêts, et des agriculteurs africains.

Le besoin de surmonter les obstacles pour le financement : Les difficultés rencontrées par le système bancaire mondial, l’augmentation des taux d’intérêt aux États-Unis, les négociations difficiles sur le financement de la lutte contre le changement climatique ainsi que la diminution de l’aide internationale signifient que le manque de financement pourrait se révéler  une contrainte majeure pour l’Afrique en 2015. Pour y faire face, les investisseurs et les gouvernements africains seront poussés à innover davantage. Le prêt entre particuliers et les services bancaires mobiles vont s’étendre. De plus en plus d’Africains embrasseront la puissance de l’épargne intérieure – et les marchés d’assurance vont s’imposer comme un moyen efficace et prometteur de réinvestir cette épargne. En conséquence, les banques africaines devront enfin faire face à un bouleversement bien nécessaire.

L’Afrique va accélérer  sa transformation : Le rythme des investissements dans le secteur des industries extractives en Afrique va ralentir au fur et à mesure que les fonds pour l’exploration pétrolière et gazière diminueront et que la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis y attirera les investissements étrangers. Néanmoins, de nombreux investisseurs verront  le potentiel, dans le long terme, de toute une gamme d’industries africaines comme les énergies renouvelables, l’agriculture, la pêche et la mode. Les dirigeants africains et leurs partenaires pourront s’apercevoir de l’avantage à tirer de cette opportunité de courte durée  pour attirer les investissements étrangers.

Le bon coté de la baisse du cours du pétrole : La baisse du cours du pétrole va poser des problèmes à plusieurs économies notamment l’Algérie, l’Angola, le Nigeria et le Ghana. Mais en même temps elle offrira à beaucoup d’autres États l’occasion de réduire les subventions pour le carburant qui ont exacerbé les inégalités.

Le Nigeria sous les projecteurs: Le pays le plus peuplé d’Afrique et sa plus grande économie restera sous  tension en perspective des  élections de février, qui révéleront à la fois au monde sa force incroyable mais également sa fragilité. Le Nigeria tient une chance de garder le cap en tirant profit de son ingéniosité et de son énergie pour être une force positive globale.

Le dernier bastion du secret: L’Afrique bénéficiera de l’effort mondial soutenu qui pousse à une plus grande transparence, y compris dans le secteur des industries extractives. Aux États-Unis, la résistance de l’American Petroleum Institute à plus de transparence sur les revenus sera considérée pour ce qu’elle est – c’est-à-dire, une tendance fastidieuse et réactionnaire à la révolution globale pour la transparence. Les États-Unis iront de l’avant dans la mise en œuvre de la Loi Dodd – Frank et des plans d’adhésion à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Plus de sociétés  basées en Suisse et opérant dans le secteur des matières premières suivront l’exemple de Trafigura qui a annoncé sa nouvelle politique en Novembre 2014 et vont adhérer à  l’ITIE.

Le secteur des matières premières en Suisse a longtemps été considéré comme le dernier bastion du secret résistant fermement à la révolution qui impose partout ailleurs aux industries pétrolières, gazières et minières davantage de transparence, s’agissant notamment de leurs  opérations en Afrique.

La publicité des profits réalisés : La répression du  secret d’entreprise en Europe, y compris la propriété anonyme de sociétés, va se poursuivre. Et les Etats-Unis seront forcés de suivre le mouvement. Les  État États sentiront une pression de plus en plus forte poussant à  rendre publics les registres officiels des propriétaires de sociétés – refusant ainsi d’abriter les sociétés qui cachent des gains illicites en provenance d’Afrique.

Une concordance générale des intérêts verra  les chefs d’entreprise, les autorités de l’industrie bancaire et les pouvoirs judiciaires élever de plus en plus leurs voix en faveur de ce niveau élevé de transparence.

La protection des  communautés côtières : Plus près de nous, certains pays africains soutiendront l’Accord sur les Mesures de l’État du Port, qui a besoin de 25 ratifications pour entrer en vigueur. L’Afrique a 35 États côtiers  et possède certaines des régions du monde les plus affectées par la pratique de la pêche illégale. Le rôle de l’Afrique sera donc essentiel pour faire avancer cet accord important au niveau mondial.

Une influence globale de plus en plus importante : Et comme toujours, le continent continuera de bâtir son identité panafricaine et son influence culturelle dans le monde. Il faudra ainsi prêter attention à  la mode et aux films africains qui iront à  la conquête  du marché mondial, à la montée en puissance de la banque panafricaine, aux marchés alimentaires panafricains ainsi qu’aux nouvelles plates-formes de média sociaux panafricains (tels que Mara Online) qui défieront les géants mondiaux comme  Twitter , Facebook et LinkedIn .

À suivre, le lancement en juin prochain par Kofi Annan du Rapport sur les progrès en Afrique 2015 qui portera sur le changement climatique, l’énergie et l’agriculture en Afrique.

Publié dans : Mail and Guardian